Les offres dev ont chuté de 80% en France : comment survivre au marché 2026
Le nombre d'offres développeur a chuté de 80% depuis 2023. Les juniors galèrent, l'IA mange les tâches d'entrée de gamme. Voici ce qui recrute encore et comment vous positionner.
David Pavlovschii
Fondateur de carrières.dev
Le marché de l'emploi dev en France est dans un sale état. Pas besoin de tourner autour du pot.
Selon une étude relayée par Developpez.com, le nombre d'offres d'emploi pour développeurs publiées sur Indeed France a chuté de plus de 80% entre janvier 2023 et juillet 2025. Huit offres sur dix ont disparu.
Ce n'est pas un ralentissement. C'est un effondrement.
Ce qui s'est passé
La période 2020-2022 a été une anomalie. Les entreprises ont recruté massivement pendant la pandémie. Les salaires ont explosé. Les développeurs avaient le choix entre plusieurs offres. C'était le marché des candidats.
Puis la correction est arrivée. Plus de 150 000 emplois tech supprimés dans le monde en 2024. Plus de 80 000 en 2025 selon StackJobs. Les startups qui avaient levé des millions ont découvert qu'elles avaient des équipes surdimensionnées par rapport à leurs revenus réels.
En France, les scale-ups ont été touchées en premier. Arrêt quasi-total des recrutements, puis licenciements économiques dans les équipes techniques. Les ESN ont suivi, avec des inter-contrats qui s'allongent et des missions qui ne se renouvellent pas.
Les juniors trinquent
Si vous êtes développeur junior en 2026, je ne vais pas vous mentir : c'est très difficile.
Selon Free-Work, les jeunes diplômés en informatique peinent à trouver un emploi en partie à cause de l'IA qui absorbe les tâches autrefois réservées aux débutants.
Le problème est structurel. Avant, on donnait aux juniors des tâches répétitives : corrections de bugs simples, tests manuels, documentation. Ces tâches servaient d'apprentissage. Aujourd'hui, une bonne partie peut être automatisée avec des outils IA. Les entreprises ont moins besoin de mains supplémentaires pour ce travail.
Résultat : les postes d'entrée de gamme disparaissent plus vite que les postes senior. Le ratio d'offres junior/senior s'est inversé.
Ce qui recrute encore
Tout n'est pas noir. Certains profils restent demandés. Le cabinet Robert Half et WeGestU identifient trois domaines qui ne connaissent pas la crise :
Cybersécurité : Les attaques augmentent. La réglementation se durcit (NIS2, DORA). Les entreprises doivent recruter des profils sécurité, qu'elles le veuillent ou non. Salaires : 60 000€ à 80 000€ pour les ingénieurs confirmés.
Cloud et DevOps : La migration vers le cloud continue. Les profils qui maîtrisent AWS, GCP ou Azure avec une vraie expérience infrastructure sont recherchés. Salaires : 55 000€ à 70 000€.
Data et IA : Paradoxalement, pendant que l'IA supprime des postes dev classiques, elle en crée dans les équipes data. Data engineers, ML engineers, les profils qui font tourner les pipelines et pas juste qui appellent des API. Salaires : 55 000€ à 75 000€.
Le dev full-stack généraliste qui fait "un peu de tout" est le profil le plus exposé. Trop générique dans un marché qui veut de la spécialisation.
Les salaires en 2026
Selon le Guide des salaires 2026 de Robert Half, voici où on en est :
| Profil | 25e percentile | Médiane | 75e percentile |
|---|---|---|---|
| Développeur (tous niveaux) | 42 000€ | 55 000€ | 65 000€ |
| DevOps Engineer | 58 000€ | 64 000€ | 70 000€ |
| Cloud Engineer | 55 000€ | 62 000€ | 70 000€ |
| Cybersecurity Engineer | 60 000€ | 70 000€ | 80 000€ |
Par niveau d'expérience pour les développeurs :
- Junior (0-2 ans) : 35 000€ - 45 000€
- Confirmé (3-5 ans) : 45 000€ - 55 000€
- Senior (5-8 ans) : 60 000€ - 75 000€
- Lead (8+ ans) : 70 000€ - 90 000€
Ces chiffres incluent Paris. En province, retranchez 15 à 20% mais le coût de la vie baisse aussi.
Ce qui a changé : les entreprises négocient plus dur. Les augmentations annuelles de 10-15% que certains obtenaient en changeant de boîte sont terminées. Le rapport de force s'est inversé.
Stratégies pour survivre en 2026
Je ne vais pas vous donner des conseils génériques type "mettez à jour votre LinkedIn". Voici ce qui fonctionne concrètement.
Si vous êtes en poste
Restez. Le meilleur moment pour chercher un job n'est pas pendant une crise. Si votre poste actuel est stable, ne prenez pas de risque inutile. Les entreprises qui recrutent maintenant peuvent aussi licencier dans six mois.
Développez des compétences adjacentes. Vous êtes dev backend ? Apprenez les bases de l'infrastructure. Vous êtes frontend ? Comprenez comment fonctionne une pipeline CI/CD. La polyvalence stratégique (pas "je fais tout mal") vous rend plus difficile à remplacer.
Documentez vos accomplissements. Quand viendra le moment de chercher, vous aurez besoin de preuves concrètes. "J'ai réduit le temps de build de 40%" vaut mieux que "j'ai travaillé sur l'amélioration des performances".
Si vous cherchez un emploi
Ciblez les secteurs résilients. La santé, la défense, les services financiers, les administrations. Ces secteurs recrutent moins de façon spectaculaire mais licencient aussi moins.
Acceptez le contrat court si nécessaire. Un CDD ou une mission freelance de 6 mois vaut mieux qu'un trou de 6 mois sur le CV. Vous pouvez continuer à chercher en parallèle.
Réseautez en vrai. Pas juste sur LinkedIn. Allez aux meetups, aux conférences locales. Les postes qui ne sont pas publiés existent, et ils se remplissent par le réseau.
Travaillez votre pitch. "Je suis développeur full-stack" ne dit rien. "J'ai construit le système de paiement qui gère 50K transactions par jour pour [Entreprise]" dit quelque chose.
Si vous êtes junior
Contribuez à l'open source. C'est la façon la moins chère de construire une expérience vérifiable quand personne ne vous embauche. Trouvez des projets qui vous intéressent, commencez par des issues étiquetées "good first issue", et montez en compétence.
Construisez des projets personnels non-triviaux. Pas un todo app. Un vrai projet avec des utilisateurs, même dix. C'est plus convaincant que n'importe quel diplôme.
Considérez l'alternance. Les entreprises qui ne recrutent pas en CDI prennent parfois des alternants. C'est moins cher pour elles, et ça vous donne une expérience.
Acceptez de commencer plus bas. Les postes support technique, QA, ou ops peuvent être des portes d'entrée vers le dev. Ce n'est pas ce que vous vouliez. C'est ce qui existe.
Les signes de reprise
Fed IT anticipe une reprise des embauches en 2026. Selon Robert Half, près d'une entreprise sur trois envisage d'augmenter ses équipes IT cette année.
La French Tech a créé plus de 16 000 emplois nets au premier semestre 2025 d'après les chiffres officiels. Le secteur n'est pas mort. Il se réorganise.
Les projets gelés en 2025 redémarrent. Cloud souverain, refonte des architectures, sécurisation des flux, automatisation. Les budgets débloquent progressivement.
Mais attention : reprise ne veut pas dire retour à 2021. Le marché sera probablement durablement plus compétitif. Les recruteurs ont pris l'habitude de pouvoir choisir. Ils ne vont pas l'oublier.
Le fond du problème
Ce qui se passe en 2026 n'est pas qu'une crise conjoncturelle. C'est une transformation structurelle du métier.
L'IA ne va pas remplacer tous les développeurs. Mais elle va changer ce qu'on attend d'eux. Écrire du code de base devient moins différenciant. Comprendre les systèmes, architecturer des solutions, débugger des problèmes complexes restent des compétences humaines.
Les développeurs qui survivent seront ceux qui montent dans la chaîne de valeur. Pas ceux qui écrivent plus de lignes de code, mais ceux qui résolvent des problèmes plus difficiles.
C'est injuste si vous débutez et qu'on ne vous laisse pas l'opportunité d'apprendre. Je n'ai pas de solution magique pour ça. Juste la réalité telle qu'elle est.
Utilisez notre calculateur de salaire
Vous voulez savoir si vous êtes bien payé par rapport au marché actuel ? Notre calculateur de salaire développeur vous donne une estimation basée sur votre profil, votre stack, et votre localisation.
Articles connexes
- Grille salariale développeur 2026 : Paris vs Province
- 5 actions pour préparer ta carrière tech à l'ère IA
- ESN vs Startup vs Grand Groupe en 2026
FAQ
Le marché va-t-il revenir à ce qu'il était en 2021 ?
Probablement pas. 2021 était une anomalie liée à des conditions exceptionnelles (pandémie, taux bas, injections de capital). Un marché plus équilibré est le nouveau normal.
Dois-je me reconvertir vers la cybersécurité ou le cloud ?
Seulement si ça vous intéresse vraiment. Une reconversion opportuniste vers un domaine que vous n'aimez pas va se voir en entretien. Les entreprises préfèrent quelqu'un de passionné mais moins expérimenté qu'un opportuniste.
Les ESN sont-elles une bonne option en ce moment ?
Ça dépend de votre situation. Les ESN offrent de la stabilité (elles trouvent des missions) mais souvent des salaires plus bas et moins de contrôle sur vos projets. En période de crise, la stabilité peut valoir le compromis.
À partir de quand puis-je négocier mon salaire ?
Même maintenant. Mais avec réalisme. Si vous avez des compétences rares (cyber, cloud, data), vous avez encore du pouvoir de négociation. Si vous êtes sur un profil très répandu, le rapport de force n'est pas en votre faveur.
Qu'avez-vous pense de cet article ?
Commentaires (0)
Connectez-vous pour laisser un commentaire
Se connecterSoyez le premier a commenter cet article !